De l’église collégiale au Parvis Saint-Jean : les métamorphoses de l’église Saint-Jean de Dijon 1/2

Perron du portail d’entrée du théâtre, restauration complète du perron, intégrant une plateforme élévatrice dans les marches. Réhabilitation, Drubigny architectes. © Marc Domage
Perron du portail d’entrée du théâtre, restauration complète du perron, intégrant une plateforme élévatrice dans les marches. Réhabilitation, Drubigny architectes. © Marc Domage

Comme beaucoup d’autres villes, Dijon s’est trouvée, au début du XIXe siècle, face à un patrimoine civil et religieux, objets des saisies révolutionnaires, et dut faire l’objet de choix. Sans vouloir reprendre ici cette histoire riche en hésitations, nous souhaitons, à travers l’exemple de l’ancienne église Saint-Jean de Dijon, illustrer les problèmes rencontrés lors des réemplois successifs et les solutions qui ont encore récemment été apportées pour concilier au mieux le caractère historique du bâtiment classé et les besoins des utilisateurs.

Cette gravure d’après Antoine illustre bien l’abondance des édifices religieux dont il fallait fixer le sort. Détail de Vue de Dijon, gravée par Durand d’après Antoine. Bibliothèque municipale de Dijon, Est Cj II 13.

La paroisse-collégiale

Le bourg de Saint-Bénigne comprenait autrefois tout le quartier situé à droite du torrent du Suzon ; trois églises très proches y furent progressivement implantées : les basiliques Saint-Jean, Sainte-Paschasie (aujourd’hui Saint-Philibert ?) et Saint-Bénigne.

Les fouilles archéologiques ont livré une séquence chronologique couvrant, sans interruption, treize siècles d’occupation.

Au sein de l’association ou confrérie de Saint-Jean-Baptiste se recrutaient les fabriciens 1 qui avaient la haute main sur les affaires financières mais intervenaient aussi dans le choix et la surveillance des clercs qui, à partir de 1455, furent érigés en chapitre de chanoines astreints à la résidence et à la célébration de l’office canonial de jour et de nuit, jusqu’à sa suppression en 1791. Ils disposaient d’une église reconstruite après 1445, qui faisait 55,50 m de longueur, réduite de nos jours à 46,32 m dans œuvre, sur 30,11 m de largeur au niveau du transept, 13,19 m au niveau de la nef et environ 23 m de hauteur.

L’église vendue à la ville

En 1801, les collectivités avaient été autorisées à acheter des édifices nationaux. L’acte de vente est signé avec le préfet le 9 avril 1801. Le Journal de la Côte-d’Or annonce le 20 messidor an X (8 juillet 1802), que la démolition du chœur et du portail a été ordonnée par le préfet Girardot. Mais le conseil municipal arrête seulement en 1807… « Que la flèche et le chœur de l’église St Jean sera incessamment démoli pour procurer l’élargissement de la rue qui conduit de la place St Jean à celle du Morimont. » Les travaux, s’étalant surtout sur les années 1809-1811, sont considérés comme terminés le 2 juin 1812.

Les divers locataires

L’ancien tripot d’Esbarres (ou des Barres) s’avérait insuffisant et dangereux. Bien des arguments militaient en faveur d’une nouvelle implantation. Dès le mois d’août 1794, Pierre-Joseph Antoine, ancien ingénieur en chef du département avait publié un « Avertissement sur le théâtre olympique projeté en la ci-devant église Saint Jean de Dijon. » La municipalité hésitait…

À partir des archives d’Antoine, Pierre-Louis Baudot, publie en 1809 une plaquette intitulée Sur le théâtre à Dijon dans laquelle il reprend et développe le projet.

Projet d’un théâtre à construire dans l’église Saint-Jean à Dijon. © Bibliothèque municipale de Dijon, Ms.1082, f° 142 / Num. BMD. En bas à gauche, (coupé sur le cliché) « Antoine inv. ». Ce dessin de Baudot s’accompagne d’une élévation de façade.

Sans regret pour ce projet si ardemment défendu, Pierre-Louis Baudot conclut l’année suivante en approuvant le projet présenté par Jacques Cellérier à l’emplacement de l’ancienne Sainte-Chapelle.

Le 17 juillet 1802, le maire s’oppose au projet d’y établir des boucheries alors que les exploitants ne souhaitaient pas quitter la rue du Bourg. Ce projet sera par ailleurs en butte à l’hostilité du voisinage…

Un bail est signé le 13 août 1803, avec Grandmanche, un acquéreur insatiable de biens mis en vente à la Révolution, fourmillant d’idées. Il est prévu une résiliation de plein droit si la commune veut utiliser l’édifice pour établir un service public. Des groupes de prisonniers occupent l’église par vagues entre 1806 et 1809.

L’église, aménagée sommairement, a servi pour la première fois de halle aux foires pour la Foire de la Saint-Martin en 1812. Des projets d’aménagement sont alors produits.

Le bâtiment intéressait beaucoup les militaires… La municipalité signe le 4 janvier 1823 un bail de location pour l’établissement du magasin militaire des fourrages. Le bail est renouvelé le 22 décembre 1831, puis le 15 décembre 1840. Cependant, les militaires quittent les lieux en 1841.

Le 14 mai 1841, l’église est louée pour y établir le “Marché du midi”, des travaux d’appropriation ayant été entrepris. Le 25 février 1859, en exécution de l’une des clauses de son bail, le locataire doit quitter les lieux pour céder la place à une réserve de la boulangerie établie par la loi et que l’on ne pouvait guère établir ailleurs. Des travaux obligatoires sont à nouveau réalisés. Cependant, le décret du 13 septembre 1862, affranchissant les boulangers de l’obligation de disposer de réserves, le bâtiment se retrouve sans affectation.

L’église rendue au culte (1862-1973)

Des catholiques dijonnais s’inquiétaient depuis longtemps de l’inégale répartition des paroisses ; l’évêque avait adressé le 30 décembre 1862 une lettre de demande officielle d’affectation de Saint-Jean au culte. Le décret impérial du 13 août 1865 rétablit la paroisse et fixe l’étendue de la circonscription qui lui est attachée.

Les travaux concernant le bâtiment sont exécutés par le voyer Scheffer qui en avait dressé le devis. Les travaux d’appropriation à la célébration du culte sont dirigés par le même Scheffer selon un projet établi en concertation avec le groupe de fidèles qui en assure le financement. La réconciliation de l’église est célébrée le 13 novembre 1866.

Une paroisse fragile qui résiste vaillamment

La création d’une paroisse Sainte-Chantal vient rapidement amputer Saint-Jean d’une partie importante de son territoire dans le faubourg d’Ouche. Cette perte de revenus s’accentue avec l’application de la loi de séparation qui supprime la fabrique, cadre juridique des opérations de financement des travaux. Un comité officieux a le plus grand mal à assurer le minimum dans le cadre d’une diminution drastique de la participation de la commune, propriétaire, et de l’État, au titre des Monuments historiques. Cependant, les paroissiens ont à cœur de célébrer les fêtes avec une “théâtralité” indubitable dont l’esprit se maintient jusque vers 1945, comme l’illustre bien le décor imaginé en 1920 en l’honneur de Jeanne-d’Arc.

Dijon- Église Saint-Jean. Fêtes de Sainte Jeanne d’Arc 1920. Tentures, guirlandes, drapeaux sont alors les incontournables de toute solennité. © Carte postale, coll. part. num. du propriétaire.

En octobre 1970, le curé Paul Renaud reconnaît que la paroisse n’a pas les moyens d’envisager une rénovation des lieux. Il verrait volontiers l’organisation de concerts ou conférences qui favoriseraient le retour dans l’édifice d’un public varié, qui pourrait s’avérer sensible dans une certaine mesure à la vocation propre des lieux, créer une vie bien absente, même si l’église reste largement ouverte. Depuis l’été 1973, l’église a servi de dépôt d’œuvres pour le musée, mais une partie du mobilier restée sur place s’avéra encombrante.

Les diverses parties s’étant entendues, le 11 décembre 1980, le préfet, arrête :
Art. 1er : L’église Saint-Jean […] cesse d’être affectée au culte.
Art. 2 : Tous les travaux d’aménagement susceptibles d’être effectués dans cet édifice devront obtenir l’accord du service des Monuments historiques.
Les œuvres d’art classées :

  • dalles funéraires ;
  • peintures murales sur le mur de l’abside et dans la sacristie méridionale, seront soigneusement conservées ;
    Les inscriptions en marbre au revers du mur de façade rappelant l’histoire de l’édifice seront maintenues.

Aménénagements de l’église

Le décor de la voûte était sans doute bien avancé, sinon même terminé en octobre 1865. La structure et le décor de la voûte de la chapelle de l’hôpital départemental (La Chartreuse), sur le projet de l’architecte Pierre-Paul Petit, consacrée en 1844, pourraient bien avoir servi de modèle à Scheffer. Des blasons ornent le sommet des grandes fermes. Les culots d’amortissement des arcs de la croisée sur les blochets sont ornés d’anges en buste, tenant souvent des livres ouverts au texte indéchiffrable. Il y a de nombreuses lacunes. Les peintures décoratives des murs de la nef, des bras du transept et des murs nord et sud du chœur ont été réalisées en 1866-1867 par une équipe de peintres-décorateurs locaux, sur un projet général d’Alphée Scheffer. Charles Delaval est sans doute le personnage-clé de la réalisation ; il dut se faire seconder par une équipe, l’emploi systématique avéré de pochoirs pouvait néanmoins faciliter amplement la tâche. Philibert Tête, qui réalisait vers la même époque les peintures murales de la chapelle de la Vierge à la cathédrale, peut être considéré comme associé aux travaux.

Pierre Quarré, conservateur du musée des Beaux-Arts avait écrit, le 22 février 1964 à l’inspecteur général des Monuments historiques : « Cette église a été enlaidie au XIXe siècle par des peintures au pochoir et par une grande composition d’un peintre local qui a été chargé de décorer le nouveau mur du chevet. » L’architecte en chef Jouven suggère que l’édifice pourrait servir « de champ d’action à un peintre contemporain », mais reconnaît que l’opération serait « d’une envergure qui dépasse l’intérêt du monument. » En 1975, le directeur de l’architecture adopte un point de vue fort différent et écrit : « Je tiens à préciser que ces peintures, qui font partie intégrante des édifices, sont classées au même titre que ces derniers. Elles représentent en outre un intérêt certain sur le plan de l’histoire de l’art. Il convient donc de veiller à leur conservation et de transmettre à la commission supérieure des Monuments historiques tout projet qui tendrait à les dénaturer ou à les détruire, même partiellement. » C’est le point de vue qui prévaut depuis. L’œuvre de Benedict Masson, occupant toute la largeur (onze mètres) du fond de l’abside, s’élève sur près de vingt mètres de hauteur. De nombreuses voies d’eau non traitées pendant des décennies ont fortement altéré l’ensemble.

Il est probable que le tambour de l’entrée ouest et celui de l’entrée sud, non chiffrés dans le compte d’appropriation initiale, aient été établis sur les dessins et sous la direction d’Édouard Mairet. La démolition du mur séparatif entre les chapelles sud (à droite en entrant), envisagée après consultation de plusieurs architectes et du ministère est réalisée en 1874 sous la direction de Mairet. Tout comme la grande porte vitrée qui ferme l’accès, réalisée sur ses plans.

Si quelques fenêtres de la nef et des bras du transept sont ornées de verrières, au décor au demeurant assez simple, plusieurs chapelles sont par contre ornées de vitraux dus à des artistes connus : Laurent-Charles Maréchal, Champigneulles Fils de Paris ou restent pour l’instant anonymes.

Quelques dalles conservées dans le dallage avaient été redressées au fil du temps, mais la plupart restaient incluses dans le sol des chapelles et se trouvaient fort en péril. En mars 1985, Michel Jantzen, architecte en chef des Monuments historiques rédige un projet visant à leur déplacement. Les travaux ont lieu en 1985-1986.

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  1. “Au sein d’une paroisse catholique, le conseil de fabrique est, jusqu’en 1905 en France, un ensemble de personnes (clercs et laïcs) ayant la responsabilité de la collecte et de l’administration des fonds et revenus nécessaires à la construction et entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse : église(s), chapelle(s), calvaire(s), argenterie, luminaire(s), ornement(s), etc” Les revenus de la fabrique provenaient des quêtes, offrandes, dons en nature, loyers et fermages, legs mais aussi de la location des places de bancs dans l’église. Source Wikipédia. Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_fabrique. ↩
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